«-Mais ma petite fille, l'Amour ça s'explique pas ; Ca se met pas en équation ; c'est pas rationnel, ça te tombe dessus sans crier gare, et ça te lâche plus ; ça te lâche plus jamais ; On aime qu'une fois dans sa vie... quand on a la chance d'aimer ; c'est un voyage sans retour, un aller simple ; une tache indélébile, tu peux toujours frotter, elle partira pas, et elle ne partira pas car elle est inscrite dans la mémoire de chacune de tes cellules ; dans le plus petit recoin de ton corps ; pas une parcelle de ta peau n'est épargnée ; ça laisse des traces dans le moindre de tes souvenirs ; ça te réveille au milieu de la nuit et ça se plante devant toi toute la journée ; Et quand par malheur cette histoire là se termine, parce qu'y a pas d'autre mot, quand par malheur ça se termine...Mais sais-tu qu'il existe des rescapés de l'amour ? Et tu sais à quoi, on les reconnaît ces gens-là ? Ils ont tous les yeux tristes, ma petite fille, tous les yeux tristes..
-Et toi, tu as les yeux comment ?
-On est le combien aujourd'hui ? Le 28 mai. Et bien tu vois, il y a 55 ans, il faisait beau ce jour-là, et même très beau ; pour la première fois, il m'a pris la main doucement, et il m'a dit « plus je regarde tes yeux, plus j'y vois briller des étoiles »-il avait du le lire quelque part- . Ce n'était pas un poète, non, il travaillait à la menuiserie ; il avait 20 ans, et ce jour-là, on s'est promené le long de la rivière, juste derrière le pré de Monsieur Clément, on s'est caché...on s'est aimé... 3 mois plus tard, il partait pour le feu ; Regarde mes yeux, mais regarde les! y a plus d'étoiles qui brillent ; Ecoute mon coeur, il fait semblant de battre, juste pour le principe et le docteur. »